Quoi de mieux comme introduction à cet article que les mots de Charlotte Mason elle-même ? Dans le volume 3, elle résume bien sa vision de l’enseignement des sciences pour les premières années de formel :
« En ce qui concerne la Science, ou plutôt l’étude de la nature, nous accordons une grande importance à la reconnaissance, car nous pensons que la capacité à reconnaître et à nommer une plante, une pierre ou une constellation implique déjà un travail de classification et représente une part importante de connaissance. Reconnaître une plante à son apparence et à son habitat, à sa saison et à sa manière de fleurir et de fructifier ; un oiseau à son vol et à son chant, ainsi qu’à ses périodes de migration ; savoir à quelle époque, année après année, on peut s’attendre à voir le rougequeue et le gobemouche noir – tout cela implique une bonne dose d’observation attentive, et fournit la matière première de la science. »
Nous comprenons grâce à cette citation que par « Science », Charlotte Mason entend « étude de la nature » pour cette tranche d’âge, car l’étude de la nature jette les bases de la science. D’ailleurs, dans ses programmes, elle utilise le terme « Histoire naturelle », une branche des sciences qui a pour objet l’observation du monde naturel.
L’histoire naturelle est la manière la plus ancienne d’étudier la nature. Elle consiste à observer les êtres vivants dans leur milieu, décrire ce que l’on voit, raconter la vie des plantes et des animaux, apprendre à les reconnaître, à les nommer et à remarquer leurs habitudes.
Dans l’esprit Charlotte Mason, l’histoire naturelle nourrit l’attention, la curiosité et la relation personnelle à la nature. Elle apprend à voir avant de chercher à expliquer. Plus tard, l’enfant sera parfaitement prêt à aller plus loin, à abstraire et généraliser, établir des comparaisons, utiliser un vocabulaire précis, etc.
Dans le volume 1, elle écrit ce passage merveilleux qui démontre que l’éducation est vraiment pensée pour l’épanouissement dans la vie future :
« Il n’y a aucune connaissance acquise pendant les premières années qui soit aussi précieuse pour les enfants que celle qu’ils acquièrent par eux-mêmes sur le monde dans lequel ils vivent. Mettez-les en contact avec la Nature et ce contact deviendra une habitude qui sera, tout au long de leur vie, une grande source de plaisir. »
Sur quoi repose l’histoire naturelle pour Charlotte Mason
L’histoire naturelle repose sur :
- l’observation directe
- les livres vivants
- le journal de la nature

L’observation directe
L’observation directe implique des sorties régulières dans la nature. Charlotte Mason explique :
« Les connaissances […] ne sont pas données sous forme de cours. Un après-midi par semaine, les enfants partent en promenade dans la nature avec leurs professeurs. Ils observent par eux-mêmes ; l’enseignant ne donne un nom ou une autre information que lorsqu’on la lui demande, et il est surprenant de voir l’étendue des connaissances qu’un enfant de neuf ou dix ans peut acquérir. Les enseignants veillent à ne pas faire de ces promenades dans la nature une leçon de science, car nous souhaitons que l’attention des enfants reste concentrée sur l’observation avec très peu de directives. De cette manière, ils accumulent cette réserve d’« informations communes » que Huxley considérait comme indispensable avant tout enseignement scientifique ; et, ce qui est beaucoup plus important, ils apprennent à connaître et à aimer les objets naturels comme les visages familiers d’amis. […] Que tous les écoliers, quel que soit leur niveau scolaire, passent un après-midi par semaine, tout au long de l’année, dans les champs, m’apparaît comme la condition sine qua non d’une éducation vivante. Il existe peu de villes où la campagne, sous une forme ou une autre, n’est pas accessible, et chaque enfant devrait avoir l’occasion d’observer, semaine après semaine, les saisons défiler. »
La lecture de livres vivants
Ces observations sont complétées ou provoquées par la lecture de livres vivants qui encouragent l’observation, l’émerveillement, la curiosité :
« Nous complétons cette promenade dans la nature par des leçons de choses occasionnelles, par exemple sur les poils des plantes, la diversité des ailes ou d’autres sujets. Dans les livres choisis, les enfants sont invités à observer directement les phénomènes, qu’ils soient biologiques ou autres. Ils apprennent ce qu’il faut observer et font eux-mêmes des découvertes qui leur semblent inédites. Ils sont ainsi mis dans la bonne attitude d’esprit pour les observations et les déductions scientifiques, ce qui éveille un vif intérêt chez eux. Nous sommes extrêmement attentifs à ne pas surcharger la mémoire verbale de nomenclature scientifique. C’est en observant le pollen et les antennes, et tout ce qui s’y rapporte, que les enfants apprennent leur nom. »
Le journal de la nature
Le journal de la nature est le principal support de travail des enfants en histoire naturelle :
« Les enfants tiennent un registre daté de leurs observations dans leur carnet de la nature, qu’ils gèrent en toute autonomie et qui n’est pas corrigé. Ces carnets sont une source de fierté et de joie, et sont librement illustrés (au pinceau) de brindilles, de fleurs, d’insectes, etc. »
Les lectures vivantes qui soutiennent le travail d’observation et l’étude de la nature
Je ne vais pas m’étendre sur l’importance de passer du temps dans la nature et la tenue du journal, car ce sont des sujets dont j’ai déjà parlé dans d’autres articles et qui sont généralement bien connus en pédagogie Charlotte Mason. J’aimerais m’attarder sur les livres vivants utilisés dans les programmes originaux de Charlotte Mason.

La série Eyes and No Eyes
Lorsque j’étudiais les programmes de Charlotte Mason, je me suis longtemps demandée comment les enfants élevés avec cette pédagogie étaient capables de répondre à des questions d’examen telles que :
- Décris les feuilles et les fruits du hêtre, du chêne, du marronnier d’Inde et du sycomore.
- Réalise les dessins de trois arbustes à fleurs.
- Dresse une liste de six fruits sauvages que tu as trouvés et décris-en deux.
- Etc.
Je trouvais les questions d’un niveau très élevé pour des enfants âgés entre 6 et 9 ans. Des questions qui témoignaient d’une grande connaissance de la nature.
La réponse tient en un mot : Buckley.
Arabella Buckley était une naturaliste anglaise, grande vulgarisatrice scientifique visiblement appréciée par Charlotte Mason, puisqu’on retrouve nombre de ses ouvrages dans les programmes originaux. Elle a entamé une série de livres appelée Eyes and No Eyes, continuée ensuite par un autre auteur, R. Cadwallader Smith, dont je ne sais pas grand chose.
La série Eyes and No Eyes comprend 12 livres. Arabella Buckley en a écrit six :
- Wild Life in Woods and Fields
- By Pond and River
- Plant Life in Field and Garden
- Birds of the Air
- Trees and Shrubs
- Insect Life
À ce jour, seuls La vie sauvage dans les bois et les champs et Arbres et Arbustes ont fait l’objet d’une traduction moderne en français par l’équipe de Charlotte Mason France. Toutefois, il existe une vieille traduction des années 40 réalisée par une certaine Mlle Peschard, directrice d’école, dont les livres sont très rares. J’ai réussi à me les procurer il y a quelques années, mais ce n’est que récemment que j’ai vraiment commencé à les utiliser (si ça peut rassurer les autres mamans : oui, même après des années d’utilisation de la pédagogie Mason, on découvre encore des choses !).

R. Cadwallader Smith a ensuite écrit six autres ouvrages dont voici les titres (mentionnés dans les programmes de la PNEU à partir de 1923 – date de leur première édition) :
- Natures Nurseries
- O’re Moor and Fen
- Riverside Rambles
- Highways and Hedgerows
- On the Seashore
- Within the Deep
Je viens de traduire On the Seashore (Au bord de la mer) qui est un livre magnifique sur la faune et la flore du littoral. Vous pouvez l’acheter au format numérique ou bien au format papier. Les autres livres de Cadwallader Smith n’existent pas en français à ce jour.
Les récits de Tommy Smith
Dans ses programmes, Charlotte Mason affectionne un autre auteur : Edmund Selous, grand ornithologue britannique et auteur de livres vivants sur les animaux. Selous met en scène un petit garçon qui a le don de parler aux animaux. Grâce à ces conversations, nous apprenons la façon de vivre, de se nourrir, de se reproduire, etc., de nombreux animaux. Ce livre est parfait pour éveiller la curiosité et créer un lien affectueux entre les enfants et les êtres vivants qui nous entourent.
Edmund Selous a écrit une suite de sept livres mettant en scène les aventures de Tommy Smith, mais quatre principaux reviennent dans les programmes de Form I :
- Tommy Smith au zoo
- Tommy Smith at the Zoo again
- Les animaux de Tommy Smith
- Les autres animaux de Tommy Smith
Il m’a été assez facile de traduire Tommy Smith au zoo et Les animaux de Tommy Smith, mais par contre j’ai bien galéré pour traduire la suite de ce dernier, car elle était introuvable. J’ai fini par dénicher une vieille édition en anglais que j’ai achetée puis traduite page après page en m’aidant de Google Lens pour récupérer le texte… Je n’ai pas trouvé la suite de Tommy Smith au zoo pour le moment, mais peut-être un jour !

Des livres sur l’observation de la nature au fil de l’année
À ces deux types de livres, Charlotte Mason n’oublie jamais de préciser dans ses programmes (toutes Forms confondues) que les professeurs trouveront utiles pour des études spéciales ou des références, les livres suivants : The Changing Year de Florence Haines (traduit par Charlotte Roman sous le titre de La Nature au fil de l’année), ou, Countryside Rambles de W. S. Furneaux.
S’il fallait remplacer un livre pour l’adapter à son milieu de vie, ce serait ceux-là en priorité, selon moi.
Des romans vivants
À tous ces livres, nous pourrons ajouter sur le temps libre bien d’autres ouvrages qui viendront stimuler la curiosité, compléter et développer le goût pour l’étude de la nature des enfants. Je pense, par exemple, à Calpurnia de Jacqueline Kelly et à sa suite, Calpurnia et Travis. Vous pouvez trouver d’autres suggestions sur ma liste de livres vivants.

Les programmes d’histoire naturelle de Form I Nos Jours Dorés
Mes premières versions des programmes de sciences des années 1 à 3 ne contenaient que la lecture des livres de la Tommy Smith Series.
Pourquoi ? Je laissais le temps à mes copines de Charlotte Mason France de traduire l’ensemble des livres d’Arabella Buckley, mais le temps a passé et cela me dérangeait de plus en plus, car j’avais le sentiment de proposer des programmes incomplets. Ce qui était effectivement le cas.
Avec leur accord, j’ai donc trouvé une solution : j’ai numérisé les livres de Peschard et les ai inclus dans les programmes Nos Jours Dorés, le temps qu’elles achèvent les traductions.
Je suis ravie d’avoir mis ces programmes de sciences à jour, car ils sont désormais parfaitement conformes aux programmes d’origine ! J’ai ressenti un sentiment d’accomplissement et de complétude lorsque j’ai terminé la révision de la troisième année. Cela m’a pris plusieurs mois, mais les versions à jour et définitives sont d’ores et déjà disponibles.
Si vous possédez les programmes des années 1 à 3, vous pourrez accéder à la mise à jour dans votre espace personnel dès maintenant.
Voici comment se présente la progression dans les programmes Nos Jours Dorés (une progression fidèle aux programmes de Charlotte Mason qui pouvait proposer en alternance Tommy Smith au zoo et Tommy Smith at the Zoo again pour l’année 1) :
| Année | Tommy Smith | Eyes and Nos Eyes |
|---|---|---|
| Programme de sciences et histoire naturelle – Année 1 | Tommy Smith au zoo (animaux étudiés : le lion, l’éléphant, le kangourou, l’orang-outang, le sanglier indien, le manchot empereur, le grizzli et l’autruche) | – La vie sauvage dans les champs et les bois d’A. Buckley (à acheter) – Par l’étang et la rivière d’A. Buckley (inclus sous sa forme numérisée) |
| Programme de sciences et histoire naturelle – Année 2 | Les animaux de Tommy Smith (animaux étudiés : la grenouille, le corbeau, le rat, le lièvre, la couleuvre, la taupe, le vanneau huppé, le pigeon ramier, l’écureuil et la chouette effraie) | – La vie des plantes dans les bois et jardins d’A. Buckley (inclus sous sa forme numérisée) – La vie des oiseaux d’A. Buckley (inclus sous sa forme numérisée) |
| Programme de sciences et histoire naturelle – Année 3 | Les autres animaux de Tommy Smith (animaux étudiés : le lapin, l’engoulevent, la belette, le merle et la grive, le hérisson, le petit grèbe, la poule d’eau, le pivert, le renard, le coucou et le campagnol d’eau) | – Arbres et arbustes d’A. Buckley (à acheter) – La vie des insectes d’A. Buckley (inclus sous sa forme numérisée) – Au bord de la mer de Cadwallader Smith (inclus sous sa forme numérisée, mais achat disponible) |
Cette progression n’est pas à suivre de manière rigide. Les livres de Buckley peuvent s’adapter en fonction de la saison, du rythme avec lequel on a envie d’étudier un sujet et à notre lieu de vie. D’ailleurs, dans les programmes originaux, un livre d’Arabella Buckley était souvent étudié sur deux trimestres.
Vous pouvez retrouver les extraits des cours de sciences en Form I en cliquant sur le lien. Voici un exemple de cours de l’année 2 :

Le matériel nécessaire pour l’histoire naturelle en pédagogie Charlotte Mason
Outre les livres mentionnés (ou des livres dans le même esprit), le matériel utile pour les leçons de sciences seront :
- un journal de la nature (celui que je propose ou un carnet à dessin tout simple dont le papier est un peu épais),
- un utile cahier de narration pour le dessin de schémas et les narrations illustrées,
- une boite d’aquarelle. Je conseille souvent pour débuter une petite palette type Winsor & Newton ou Van Gogh
- quelques pinceaux de différentes tailles : 2, 4, 6, 8
- une loupe
- nous avons découvert ce microscope portatif qui est bien utile et vraiment génial
- on peut ajouter : un appareil photo ou un smartphone pour prendre des photos, des jumelles et un bocal en verre pour faciliter les observations de petites bêtes 🙂
- et l’indispensable sac à dos avec nourriture, nappe et gourde d’eau bien remplie, auquel cas la sortie nature virera au cauchemar ^^

J’espère que cet article vous permettra d’avoir une idée plus claire de la manière dont Charlotte Mason concevait la « science » en Form I, ainsi que des ressources nécessaires. N’hésitez pas à poser vos questions en commentaire !





Merci beaucoup Maeva pour ce complément!!