Aujourd’hui, je vous propose de vous expliquer l’approche de Charlotte Mason à propos des langues étrangères et de faire un tour des ressources que j’utilise.

L’apprentissage des langues étrangères est-il important pour Charlotte Mason ?

Pour Charlotte Mason, cet apprentissage est vraiment très important car maitriser plusieurs langues représente une porte ouverte sur les autres cultures, c’est un moyen de communication inter-pays qui participe à faire progresser la race humaine et également une façon de montrer que nous sommes des personnes qui s’intéressent aux autres. Sur ce dernier point, je m’explique : pour Charlotte Mason, chacun d’entre nous représente son propre pays, alors si nous ne manifestons pas d’intérêt pour l’apprentissage d’une langue c’est comme véhiculer des idées de fermeture à l’autre.

Dans son volume 2, Charlotte Mason exprime cette idée par l’expression suivante, elle dit que “la famille doit être sociable”. Si vous vous souvenez de mon précédent article où je disais déjà que pour CM, la famille est comme une nation, vous allez vite comprendre. En tant que famille, nous formons une sorte de communauté autonome, mais cette communauté ne doit pas pratiquer une “politique d’isolement” ; elle doit s’ouvrir à l’autre. De tout temps, nous avons eu besoin de créer ce lien à l’autre pour échanger des services, faire du commerce, faire progresser nos connaissances… Nous avons besoin de l’autre comme l’autre a besoin de nous, car nous formons tous un “seul corps” pour reprendre l’expression de Charlotte Mason.

“… il n’est pas exagéré de dire qu’une nation est civilisée dans la mesure où elle est capable d’établir des relations étroites et amicales avec d’autres nations ; et cela, non pas avec une ou deux, mais avec un grand nombre ; et, inversement, qu’une nation est barbare dans la mesure de son isolement. Une famille ne perd-elle pas de son intelligence et de sa vertu lorsque, de génération en génération, elle reste à l’écart des autres ?… il est du devoir de chaque famille, en tant que partie intégrante de la nation, d’être capable de tenir un discours fraternel avec les familles des autres nations lorsque l’occasion se présente ; par conséquent, acquérir le langage des nations voisines n’est pas seulement s’assurer un apport de connaissances et un moyen de se cultiver, mais c’est un devoir de cette moralité supérieure (la moralité de la famille) qui vise à la fraternité universelle. Par conséquent, chaque famille ferait bien de cultiver deux langues en plus de la langue maternelle, dès la petite enfance.” (Mason, vol. 2)

J’aime beaucoup la philosophie de Charlotte Mason au sujet de l’apprentissage des langues étrangères. L’objectif n’est pas uniquement pratico-pratique, il a un sens beaucoup plus profond, de fraternité et de solidarité. Pour Charlotte Mason, nous sommes tous les enfants de Dieu et chaque nation, chaque famille, joue son rôle “comme de petits enfants aux pieds du Père tout-puissant, sous son sourire bienveillant.”

Cette idée d’interdépendance humaine est développée un peu plus loin dans son volume 2, mais si vous avez déjà vu le film “En quête de sens” de Nathanaël Coste et Marc de la Ménardière, cela vous dira peut-être quelque chose. Personnellement, je crois profondément à l’interconnexion du vivant. Tant qu’un humain souffre dans ce monde, je ne peux pas être pleinement heureuse. Cela me frappe de temps en temps dans le cœur avec une grande force. Cela ne signifie pas que je souffre au quotidien, ou que je me sens obligée de souffrir car d’autres souffrent, mais que je ne peux pas être pleinement apaisée à chaque instant.

De plus, nous avons tendance à l’oublier dans notre société qui prône la déconnexion de l’autre (sauf l’illusion sur les réseaux) et du monde qui nous entoure, mais la nourriture que l’on mange, et tant d’autres choses, est le fruit d’une entraide entre de nombreux êtres vivants (humains et non humains).

En prenant conscience que nous sommes un microcosme au sein d’un macrocosme, nous touchons du doigt l’esprit divin…

Satish Kumar

Comment enseigner les langues étrangères avec la méthode de Charlotte Mason ?

Pour les enfants de moins de 6 ans

“L’idée initiale, selon laquelle nous devons acquérir une nouvelle langue comme un enfant acquiert sa langue maternelle, est tout à fait juste….” (Mason, vol. 1)

Dès petit, avec la pédagogie de Charlotte Mason, les enfants apprenaient généralement le français comme deuxième langue. Ils poursuivent cet apprentissage toute leur scolarité. Le vocabulaire de tous les jours est enseigné de façon informelle, mais aussi du vocabulaire spécifique, par exemple des mots de nature pendant les promenades. Charlotte Mason précise “une demi-douzaine de mots par jour.” En général, il est plus facile pour un jeune enfant d’apprendre une langue étrangère, donc l’introduire tôt a ses avantages.

Les premières années de formel (6-9 ans)

Vers 6 ans, les leçons formelles commençaient avec le livre Hachettes illustrated French primer, or, The child’s first French lessons de Henri Bué, en moyenne trois leçons de 10 minutes chaque semaine. Les objectifs principaux était d’enseigner un bon accent et de se constituer une bonne réserve de vocabulaire afin de pouvoir construire ensuite quelques phrases simples. Chaque mot devait être prononcé à l’oral, accompagné d’une image. L’apprentissage des langues se faisaient aussi en apprenant des chansons et comptines anglaises.

Par ailleurs, Charlotte Mason conseillait l’utilisation d’un cahier dans lequel la maman écrivait chaque nouveau mot et chaque nouvelle phrase appris. Cela permettait également de revenir sur ces mots afin d’entretenir leur mémorisation.

L’acquisition du langage se fait surtout à l’oral. Les enfants apprennent une nouvelle langue en l’entendant d’abord parler dans une conversation. Cette façon de faire est plus naturelle et plus efficace pour que l’enfant apprenne la nouvelle langue.

Pour la deuxième et troisième année d’étude de la langue, on voit apparaître l’utilisation d’histoires, de petites fables ou recueils de récits courts. Le livre principal qu’on retrouve dans les programmes de Charlotte Mason est Le livre rouge de E. Magee.

J’ai trouvé quelques images sur internet qui donnent une idée de son contenu comme vous pouvez le voir ci-dessous : il est divisé en plusieurs leçons constituées d’un texte principal et de questions de compréhension accessibles aux enfants. L’objectif est vraiment de leur permettre de se lancer à l’oral en formant des phrases simples et courtes. Ce serait bien d’avoir un tel livre pour apprendre l’anglais mais je n’en connais pas…

L’apprentissage en Form II (9-12 ans)

En Form II, le principal livre utilisé était Primary French course d’Otto Siepmann. Comme Le livre Rouge, il est constitué de textes et de questions de compréhension auxquels s’ajoutent des petits exercices de prononciation et de grammaire. Il faut savoir que l’enseignant lisait la leçon à haute voix, en traduisant avec l’aide des enfants, puis les enfants narraient en français. Voici quelques images de l’ouvrage et sachez que le livre est consultable directement en ligne en cliquant sur le titre.

L’apprentissage des langues pour les Forms suivantes (12-18 ans)

Comme nous venons de le voir, une seule langue étrangère était étudiée formellement pendant six années. Puis à partir de la 7ème année – donc niveau 5ème – (parfois un peu avant selon les programmes que j’ai pu étudier), une nouvelle langue était introduite. Il s’agissait de l’allemand ou de l’italien. Un livre de leçons mêlant textes, poèmes, grammaire, exercices, narration était utilisé, sur le même modèle que les anciennes années pour la première langue. En complément, des récits en langue d’origine étaient utilisés (par exemple, j’ai noté les contes d’Andersen pour l’allemand).

Pour l’étude du français, Primary French course d’Otto Siepmann continuait à être utilisé. En parallèle, les enfants lisaient ou se faisaient lire un livre dans la langue étrangère par trimestre qu’ils devaient narrer dans cette langue (un livre de contes, des récits d’Alphonse Daudet ou d’Alexandre Dumas, Le bourgeois gentilhomme de Molière, donc toujours de la bonne littérature). Ils lisaient également des poèmes (Musset et autres poètes français) dans cette langue et en apprenait un par trimestre.

Dans certains emplois du temps de la PNEU, il semble y avoir plus que deux langues étrangères au programme. On peut donc émettre l’hypothèse que certaines écoles faisaient étudier trois langues étrangères. Cela en plus de l’apprentissage du latin. Ce qui faisait que les enfants pouvaient être initiés à quatre langues différentes en tout (en comptant le latin), bien que sur la plupart des programmes cela s’arrête à trois.

Ce qui change au fur et à mesure des années supérieures c’est le temps alloué à l’étude de la langue. Cela s’apparente plus à 30-40 mn environ et au moins deux leçons pour chaque langue chaque semaine.

Ressources

Les principaux livres mentionnés dans les programmes de la PNEU

Pas facile de trouver des livres équivalents à ceux utilisés par Charlotte Mason. Voici ceux qui reviennent le plus souvent dans les programmes de la PNEU et que l’on peut trouver en ligne :

Les ressources que j’utilise personnellement

A la maison, nous apprenons l’anglais en première langue. A la demande de ma fille de sept ans, nous apprenons également l’espagnol, langue avec laquelle je me sens à l’aise car mon grand-père était espagnol. Mon fils ainé apprend également l’italien et l’allemand. Je tiens à préciser que nous ne sommes pas bilingues, que nous sommes probablement de grosses quiches en langues mais nous nous efforçons de nous améliorer chaque année.

  • Pour chaque langue, je dispose d’un imagier Usborne comme base (1000 premiers mots en anglais, en espagnol, en italien et en allemand. On l’a aussi en japonais.) ;
  • J’ai également un guide de conversation pour chacune ;
  • Nous possédons une bibliothèque que j’agrandis petit à petit d’albums, contes, romans et autres récits dans ces différentes langues. En anglais, il y a beaucoup beaucoup de ressources (il suffit de regarder les living books de la grande communauté anglophone et les livres première lecture en anglais, ce serait trop long pour moi de tous les citer !) ; en espagnol, j’aime beaucoup la collection Caballo Alado Clasico, des contes classiques.
  • Rosetta Stone avec laquelle mon ainé travaille principalement. Le coût à l’achat est assez élevé mais c’est vite rentabilisé car on peut travailler à vie avec et apprendre beaucoup de langues.
  • Nous avons également utilisé toute l’année dernière Kokoro Lingua que j’ai trouvé vraiment super bien pour enseigner un bon accent aux plus jeunes.
  • J’ai également des petites listes de vocabulaire comme celles de My Little Robins que j’affiche dans la cuisine et fait tourner. Les flash cards peuvent aussi se montrer utiles, surtout pour réviser.
  • Nous écoutons aussi des chansons et comptines dans ces différentes langues.
  • Nous regardons des films en VO et des petites histoires sur Youtube (sur Bookbox il y a énormément de titres et il y a des versions espagnoles et allemandes).
  • Nous utilisons aussi quelques chaînes Youtube comme YouStudySpanish qui est très progressif.

Quelques ressources supplémentaires à explorer

Voici quelques ressources que je connais mais que je n’ai pas (encore) utilisées. Je les mentionne car cela pourrait peut-être vous intéresser :

  • La méthode Gouin éditée par Cherrydale Press que Charlotte Mason a recommandé dans son premier volume.
  • Llamitas Spanish pour l’espagnol : des curriculums payants mais aussi beaucoup d’outils gratuits (site en anglais)
  • The Good and the Beautiful : un site avec des ressources gratuites et payantes qui peuvent nous aider pour l’apprentissage de l’anglais.
  • Deux applications destinées à apprendre à lire aux jeunes enfants anglophones : Teach your monster to read et Home School app de The Good and the Beautiful.

Et vous, des ressources à partager ?