Charlotte Mason Idyll Challenge IV

Idyll Challenge, Août 2022

“La tentation a toujours été grande de réduire la méthode de Charlotte Mason à un curriculum. Une fois que le parent qui fait l’école à la maison a pris la décision capitale de mettre en œuvre une éducation Charlotte Mason, il doit faire face à une autre décision majeure. Quel programme utiliser ? Une fois cette question réglée, il semble qu’il ne reste plus qu’à la mettre en pratique. Suivre les instructions du programme. Qu’y a-t-il d’autre à faire ?”

Je commence cet article en citant les mots d’Art Middlekauff qu’il a écrit pour introduire l’Idyll Challenge IV auquel l’équipe de Charlotte Mason France a été invitée à participer. Chaque mois nous avons environ 80 pages à lire et l’objectif est de terminer la lecture des 6 volumes de Charlotte Mason en deux ans. C’est un sacré challenge, d’où le nom ^^ mais c’est un challenge nécessaire, en fait c’est un véritable cadeau que nous nous faisons car nous prenons un temps pour lire les écrits de CM, y réfléchir, et nous sommes motivées à le faire dans un cadre avec d’autres personnes qui fournissent les mêmes efforts que nous.

Chaque mois, nous participons à une réunion et/ou nous devons répondre à trois questions :

  • Une question sur la lecture
  • Une chose avec laquelle nous ne sommes pas d’accord
  • Une chose qui nous inspire

L’idée m’est venue de partager quelques réflexions choisies en lien avec les questions auxquelles j’ai répondu. Une manière pour moi de revenir à des articles plus philosophiques sur la pédagogie Mason et de partager cela avec vous !

Une question sur la lecture

Dans la première partie de son volume, Charlotte Mason parle de système et de méthode. Elle dit qu’il est facile de glisser vers un système dans lequel tout est strictement organisé, car il semble plus “facile”, “il est promis à des résultats plus précis et calculables” ; alors que la méthode a quelque chose de plus humain, plus vivant et donc incontrôlable. “L’éducateur a affaire à un être qui agit et se développe lui-même, et son travail est de guider et d’aider à la production du bien latent dans cet être, à la dissipation du mal latent, à la préparation de l’enfant pour qu’il prenne sa place dans le monde avec le meilleur de lui-même”.

Le choix pour un système provient “de la mollesse de la nature humaine, à laquelle tout plan défini est plus agréable que la vigilance constante et l’action imprévue requises lorsque toute l’existence d’un enfant doit être utilisée comme moyen d’éducation.” Au final, la méthode est ce qui correspond à la pédagogie Mason car elle tient en quelques grands principes qui, une fois qu’on les a compris et mis en application, permettent d’agir naturellement et facilement.

Malgré tout, j’ai toujours un peu de mal à bien saisir la différence entre un système et une méthode, du coup je me demande ce qui pourrait faire basculer la pédagogie Mason en un système ?

Cela me travaille évidemment car, étant donné que je crée des programmes d’instruction, et qu’en même temps je tiens à rester fidèle à la pédagogie Mason, je m’interroge sur le fait de proposer des supports qui répondent à la méthode et qui ne créent pas de système. Alors, Charlotte Mason elle-même envoyait des programmes trimestriels aux adhérents de la PUS (l’école du PNEU), donc à mon sens il n s’agit pas seulement de programmes, mais plutôt de façons de mettre en œuvre les programmes. Je crois que nous devons toujours garder à l’esprit qu’il est bon d’être guidé mais que nous devons conserver une certaine adaptation (la vie !) et c’est ce que j’essaie de transmettre à travers ce blog, le groupe FB, Charlotte Mason France, ce que je crée et ce que je vends.

Art Middlekauff m’a répondu que c’était un grand débat qui agitait la communauté Mason et m’a conseillé la lecture d’un article qui a été traduit en français sur Charlotte Mason France par Charlotte Roman 🙂 Il s’agit d’un super article intitulé “Recette versus Réflexion” que je vous conseille de lire.

Une chose avec laquelle je ne suis pas d’accord

Ce n’est pas vraiment quelque chose avec laquelle je ne suis pas d’accord, mais plus quelque chose que je trouve contradictoire. A la fois, Charlotte Mason nous parle d’inactivité magistrale, de laisser les enfants seuls, de les abandonner à eux-mêmes. Elle dit aussi p. 78 « moins elle [la mère] parle, mieux c’est. » Mais à côté de cela, il y a plein d’activités proposées : des excursions, des jeux de peinture image, enseigner les grandes cultures aux enfants, tenir un journal de la nature, donner des leçons de français, organiser des jeux collectifs, etc. Finalement, qu’est-ce que l’inactivité magistrale dans tout cela ? Il ne me semble pas exact de dire que la mère est inactive. Elle est en fait toujours active, mais au lieu d’être sans cesse l’actrice, elle est la réalisatrice. Elle est celle qui voit son chemin et qui l’organise. Aujourd’hui, on parle beaucoup de charge mentale. Et pour moi cela est une charge mentale. Cela passe pour de l’inactivité or en fait cela cache beaucoup de recherches et de réflexions de la part de la mère.

Personnellement, j’ai l’habitude de vivre ces moments en plein air librement, et c’est que me semble indiqué Mason quand elle parle d’inactivité magistrale ou qu’elle préconise de « laisser de l’espace où s’émerveiller et grandir » (p. 46)

Mais, tout juste après, elle indique qu’il faut suivre une méthode pour éviter « trop d’efforts à la mère et que les enfants s’ennuient. » (p.46)

Il y a des enfants qui sont très enthousiastes à l’idée de faire toutes les activités proposées par Mason, et d’autres qui trouvent bien leurs occupations tout seul, qui n’ont pas envie de tenir un journal de la nature, qui sentent comme une « intrusion » dans leur espace et dans leur vie les activités organisées, les séances de peinture-image, on a l’impression que cela ne les intéresse pas ou les ennuie.

Art Middlekauff m’a répondu qu’on reviendrait sur cette notion “d’inactivité magistrale” un peu plus tard dans les autres volumes donc je suis très impatiente. Il m’a également précisé que Charlotte Mason n’était ni pour le unschooling, ni pour l’autorité ; et c’est en effet toute la question qui se joue là : quelle est la position de Charlotte Mason sur ce continuum qui va de l’intervention à la non intervention ? Traduisant actuellement le volume 2, je sais déjà quel est le positionnement de CM sur le rôle de l’enfant et celui de l’adulte. Pour elle, nous sommes nés pour apprendre et pour fournir des efforts, c’est ce que nous a confié Dieu en nous créant. Mais je reviendrai sur ce sujet une autre fois plus longuement.

Une chose qui m’inspire

Ce qui m’inspire c’est à quel point Mason encourage une observation totale et profonde de notre environnement. A l’image de l’histoire naturelle de Selborne au sujet de laquelle elle dit que « pas un caillou ni un rocher à moins de deux kilomètres de Selborne n’échappait à leur examen passionné. » On se demande souvent par où commencer avec l’étude de la nature et je trouve que cette phrase résume à elle seule ce qui devrait nous guider : connaître chaque espèce de plante, de fleur, de roche autour de chez nous et en devenir un spécialiste. Nous n’avons pas besoin de tout connaître tout de suite (il y a suffisamment de tics, et pas plus d’une seconde pour chaque tic !), ni connaître ce qu’il y a au loin ; mais connaître ce qu’il y a chez nous devrait être une priorité et faire partie de nous. C’est un peu comme quand des amis ou de la famille vient nous rendre visite, nous les emmenons dans les plus beaux endroits à visiter, nous devenons des guides ; il y a une sorte de devoir moral à connaître les meilleures promenades. Je ressens également ce devoir moral de connaître ma région, sa faune, sa flore, sa géographie, son économie, et cela j’en ai pris conscience avec la pédagogie Mason. 

D’ailleurs, c’est mon challenge de cette année : mettre plus d’emphase sur la géographie en extérieur, apprendre davantage pour transmettre davantage en contexte. Après m’être vraiment appliquée à mettre en place des leçons courtes, variées, à mettre dans notre festin toutes les matières conseillées par Mason, je sens que je dois renouer avec l’extérieur et les activités de l’après-midi ! A chacune son étape 🙂

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2 commentaires

  1. C’est bien aussi ce que j’avais compris concernant le unschooling et Mason. Personnellement j’ai lu le dernier volume et c’est celui qui m’a le plus parlé. Via celui ci, j’y ai compris qu’elle demande aux mères d’être moins dure avec elles mêmes et elle dit bien de ne surtout pas s’arrêter à la lecture du premier volume avant de débuter. Que certains font cette erreur (dont moi.)

    1. Maeva a dit :

      En même temps je te comprends, j’ai lu le 1, le 3 et le 6 et j’ai adoré le 6 c’est mon préféré. Mais en même temps je comprends qu’il faille suivre des étapes et en effet le volume 1 me parait être une base indispensable 🙂

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