Au début de l’année 2026, j’ai ressenti le besoin d’approfondir ma compréhension de la pédagogie Charlotte Mason à travers les réflexions et l’expérience de mères et d’éducateurs qui l’ont mise en pratique. Nombre de ces travaux existent en anglais et restent peu accessibles au public francophone. Je me suis donc lancée le défi de lire les ouvrages principaux et de les résumer sur le blog.
Je commence aujourd’hui avec For the Children’s Sake de Susan Schaeffer Macaulay, un ouvrage clé dans la redécouverte récente de la pensée de Charlotte Mason.
Qui est Susan Schaeffer Macaulay ?
Susan Schaeffer Macaulay est une auteure américaine née en 1943, fille du théologien et philosophe chrétien Francis Schaeffer et d’Edith Schaeffer. Elle a grandi dans un milieu intellectuel chrétien engagé, notamment autour de la communauté de « L’Abri » en Suisse, fondée par ses parents.
Sur le site du Charlotte Mason Institute, on peut lire ceci : « Bien que sa propre éducation durant sa tendre jeunesse ait été ennuyeuse, la vie familiale et les conversations de Susan résonnaient avec l’atmosphère de Charlotte Mason. Les livres, y compris la Bible, étaient lus dans leur intégralité, puis racontés les uns aux autres. Le dimanche, les enfants narraient les sermons que leur père avait prêchés, soucieux qu’il était de rendre « la mangeoire assez basse pour les agneaux ». Ses deux parents lisaient souvent à haute voix à la maison et la cadence de leurs voix partageant toutes sortes de poèmes et de prose résonne encore dans la mémoire de Susan. Le scoutisme, les fréquentes promenades dans les montagnes et les forêts, ainsi que les visites de galeries d’art et de musées marquèrent l’enfance de Susan. »
Son parcours est celui d’une mère qui a cherché concrètement comment offrir à ses enfants une éducation épanouissante et cohérente avec ses valeurs chrétiennes.
Pourquoi faut-il lire For the Children’s Sake [Pour le bien des enfants] ?
Publié en 1984, For the Children’s Sake a joué un rôle crucial dans la redécouverte de la pensée de Charlotte Mason. À une époque où les écrits originaux de Mason étaient largement oubliés et les livres épuisés, l’ouvrage de Macaulay a contribué à la renaissance de ses idées, inspirant de nombreuses familles pratiquant l’instruction en famille et contribuant à la création d’écoles Charlotte Mason aux États-Unis.
Le CMI écrit : « Sans son ouvrage inspirant, sensible et plein de perspicacité, le regain d’intérêt international pour Charlotte Mason n’aurait très certainement pas eu lieu au cours des trois dernières décennies. »
Résumé du chapitre 1 – Qu’est-ce que l’éducation ?
Susan Macaulay ouvre son livre par une question : qu’est-ce que l’éducation ? Jeune mère vivant à Londres, elle visite plusieurs établissements pour sa fille Margaret. Elle observe des classes surchargées, des enseignants débordés, un apprentissage mécanique ou, à l’inverse, un désordre complet. Rien ne semble vraiment correspondre à ce qu’elle souhaite pour son enfant. Elle écrit :
« Pourrions-nous imaginer notre Margaret créative et aimant chanter assise à un bureau, mémorisant des faits du matin au soir ? Ou serions-nous satisfaits du contraire, du chaos bruyant d’un jeu libre sans fin ? »
Les parents finissent par trouver une petite école plutôt agréable pour leur fille, mais lorsque la famille déménage, la situation se dégrade : la nouvelle école devient pour Margaret une expérience traumatisante. Retirée de l’établissement, elle retrouve sa joie de vivre immédiatement, mais seulement pour un temps :
« Nous avons retiré Margaret de l’école. Soudain, notre enfant s’est réveillée. Elle lisait des livres, jouait dans le jardin, travaillait à nos côtés, appréciait la musique. Mais un inspecteur a estimé que cette éducation n’était pas satisfaisante. Margaret devait aller à l’école. À l’époque, nous ne savions pas qu’il avait tort. La loi anglaise autorise « l’éducation autre qu’à l’école ». Onze ans plus tard, le frère et la sœur cadets de Margaret ont pu bénéficier d’une instruction en famille. Mais à l’époque, nous avons malheureusement accepté que, aux yeux de la loi, « éducation » rimait avec « salle de classe ». Dans ce cas précis, cela signifiait deux années frustrantes, avec quarante enfants pour un seul enseignant. Était-ce là la vie qu’un enfant était censé mener ? Un trajet en voiture jusqu’à un espace clos en béton, une salle bondée, une journée si fatigante qu’à la fin, Margaret et sa petite sœur rentraient à la maison épuisées ? »
Susan et sa famille déménagent à nouveau, à la campagne cette fois, et ses enfants sont scolarisés dans une petite école de village. C’est à ce moment-là qu’elle découvre Charlotte Mason. Elle tombe sous le charme d’une vision cohérente de l’enfant et de la vie :
« Après que nos enfants y soient allés [dans cette nouvelle petite école de campagne], nous avons réalisé qu’il y avait là quelque chose de vraiment différent. Qu’était-ce donc ? Il semblait que l’école pratiquait encore l’art délicat d’une éducation basée sur les idées d’une certaine Charlotte Mason. Nous avons été très franchement, impressionnés. Pouvions-nous en savoir plus sur ces idées pédagogiques ? Était-ce ce que nous recherchions ? Nous avons commandé des livres écrits par cette dame qui vécut il y a près de cent ans. Je me souviens que nous nous mettions au lit pour lire, nous arrêtant souvent pour partager une nouvelle découverte. Notre enthousiasme grandissait. Ces idées étaient tellement sensées ! Nous avons découvert qu’elles étaient pertinentes pour les enfants et la société d’aujourd’hui. Elles sont d’une nature si universelle qu’on peut les appliquer aussi bien à la maison, dans différents types d’écoles, dans un orphelinat en Afrique, dans un village indien, dans une école ou une crèche en centre-ville. Ces idées sont si vraies que beaucoup d’entre elles sont instinctivement utilisées par des personnes ayant des systèmes éducatifs ou religieux différents. Elles nous donnent une vision satisfaisante de l’éducation ou de la vie d’un enfant d’un point de vue chrétien. Elles fournissent un cadre. »
Susan explique ensuite qui est Charlotte Mason et quelles sont ses idées. Je partage ici quelques extraits car je trouve cela éclairant d’en savoir plus sur la vie de cette grande dame :
« Charlotte Mason (1842–1923) n’était pas une philosophe de cabinet. Ses convictions furent façonnées par son expérience d’enseignante, et non l’inverse. Elle décida très tôt que l’enseignement serait l’œuvre de sa vie, alors qu’elle n’était encore qu’une enfant et qu’elle observait une jeune institutrice dans une classe d’enfants pauvres. Elle n’a jamais considéré qu’elle avait prononcé le « dernier mot » définitif et autoritaire dans le domaine de l’éducation. […] Elle croyait passionnément que les enfants sont des personnes qui doivent être traitées comme des individus, tout en étant initiés à la diversité et à la richesse du monde dans lequel ils vivent. Elle croyait que le christianisme biblique était la vérité. Elle avait un point d’ancrage, un fondement.
« Sa détermination fut mise à rude épreuve à l’âge de seize ans par la mort soudaine de ses parents. Malgré son deuil, elle persévéra dans son ambition et parvint à intégrer le seul collège de formation d’enseignants existant alors en Angleterre. Ce fut le début d’une œuvre pionnière impressionnante qui a marqué l’histoire de la contribution des femmes à la société. Mais elle ne put rester étudiante longtemps. Sans doute en raison de difficultés financières, elle accepta, après seulement une année d’études, un poste d’institutrice dans une petite école de Worthing. Elle continua à étudier pendant son temps libre, tout en consignant ses expériences et ses réflexions. En 1863, elle reçut avec satisfaction un certificat de première classe pour son travail.
« Elle aimait véritablement les enfants qu’elle enseignait. Ils n’étaient pas pour elle de simples sujets d’étude intéressants ou un défi stimulant. Dès le début, ils furent pour elle des amis estimés, des personnes qu’elle respectait – et cela à une époque où l’on considérait généralement que les enfants devaient être « vus mais pas entendus ».
« En 1874, lorsque le Bishop Otter College de Chichester la nomma vice-principale, Charlotte Mason eut l’occasion de préparer des conférences sur l’éducation. Quatre ans plus tard, une santé fragile l’obligea à abandonner ce poste, et il sembla que sa contribution à la réflexion éducative était vouée à s’éteindre prématurément. Ce temps de repos forcé s’avéra pourtant utile, car il lui permit d’approfondir ses études et ses observations. Ses réflexions se cristallisèrent en lignes directrices larges et fécondes. Elle les exposa dans une série de conférences destinées aux parents. Ces derniers les trouvèrent si utiles qu’ils fondèrent une société nationale de parents consacrée à ces idées. Des publications, des revues, puis des programmes d’études spécifiques furent accueillis avec enthousiasme.
« Certains parents instruisaient déjà leurs enfants à la maison, mais bientôt plusieurs familles s’unirent pour former des écoles. Ce furent les célèbres écoles de la Parents’ National Education Union (désormais appelées écoles PNEU). Une chose en entraîna une autre. Charlotte Mason ouvrit une Maison d’éducation à Ambleside, dans la région des lacs en Angleterre. Il s’agissait d’un organisme destiné à former de jeunes femmes au métier d’enseignante. Beaucoup y goûtèrent pour la première fois à une véritable éducation personnelle en se préparant à instruire les autres.
« Au départ, les enfants dont les parents suivaient l’enseignement de Charlotte Mason appartenaient aux classes instruites. Mais elle n’oublia jamais sa première vision. Elle demanda à tous les parents qui avaient bénéficié de son aide d’organiser des rencontres afin de transmettre ses idées aux mères qui n’auraient jamais lu ses livres. Sa plus grande joie fut peut-être de voir de nombreux enfants défavorisés bénéficier de la richesse de son programme et de ses pratiques pédagogiques dans leurs écoles surchargées et sous-financées. Elle se réjouissait de voir ces intelligences jusque-là obscurcies s’éveiller. Les enfants devenaient des orateurs à l’aise et des amoureux de la littérature et de l’art. Sa vision était que ces aspects positifs de la vie apporteraient à chaque enfant joie, stabilité et richesse. »
Susan apporte également des éléments de réponse à la récurrente question : comment se fait-il que la pédagogie Mason soit si peu connue ?
« À sa mort en 1923, elle [Mason] avait écrit plusieurs excellents livres. Elle était la fondatrice d’un important mouvement éducatif et d’un réseau d’écoles ayant touché d’innombrables jeunes vies. Elle avait créé et dirigé une « Maison d’éducation » qui avait formé de nombreux étudiants, non seulement à l’enseignement, mais aussi à mener une vie riche. Grâce à son travail, des familles ont été fortifiées dans leur vie et guidées vers leurs objectifs.
« Que s’est-il passé ? Pourquoi si peu de gens ont-ils entendu parler d’elle aujourd’hui ? Pourquoi si peu se souviennent-ils qu’elle était l’une des grandes pédagogues, celle qui a révolutionné la manière d’aborder l’éducation ? Je pense que l’une des raisons est que la solide base chrétienne sur laquelle elle s’est appuyée est devenue impopulaire. La conception de la vie a changé. En fait, notre génération ne parvient pas à saisir la clé qui explique exactement ce qu’est la vie humaine. Les enfants sont souvent considérés comme la propriété des adultes. Leur valeur est constamment exprimée en termes d’argent et leur éducation est envisagée comme un rouage dans une machine, afin de les rendre aptes à occuper les emplois les mieux rémunérés possibles. Quelle tragédie ! »
Avec ce nouveau point de vue sur la vie, Macaulay ouvre les yeux sur les enjeux de l’éducation :
« Quand on prend un bébé dans ses bras, qu’on lui parle et qu’on lui donne de l’amour, il commence son éducation telle que Dieu l’a prévue. Tout au long de notre vie, nous sommes des êtres humains en état d’apprentissage, de réaction et de compréhension permanents. L’éducation s’étend à toute la vie. En réalité, un système éducatif qui dit, un beau jour d’été, à l’aube de ma jeunesse : « Voilà. Maintenant, vous êtes éduqué. Ce bout de papier le prouve », me rend un très mauvais service. Une personne véritablement éduquée ouvre de nombreuses portes sur ses centres d’intérêt. Elle sait que la vie ne sera pas assez longue pour tout explorer pleinement. »
Macaulay explique que pour Mason, l’éducation ne commence pas derrière un pupitre, mais dans son foyer. Elle ne s’achève pas avec un diplôme, mais dure toute la vie. L’enfant n’est pas un futur rouage économique. Il est une personne entière, créée à l’image de Dieu, capable de relation, de pensée, de beauté et de responsabilité. Elle rappelle que l’école n’est qu’un élément parmi d’autres dans la formation d’un enfant, et qu’il existe d’autres solutions à explorer. Les parents ont une place centrale dans l’éducation de leurs enfants et Macaulay les engage à prendre leurs responsabilités.
« Les enfants demandent du pain. Est-ce que nous leur donnons de la pâte blanche gluante recouverte de graisses saturées ? Nourrissons-nous leur corps avec n’importe quelle malbouffe préemballée qui nous tombe sous la main ? Ou leur fournissons-nous une alimentation saine et équilibrée ? Et qu’en est-il de leur esprit, de leur âme ? Fixons-nous ces yeux brillants et avides sur n’importe quelle vieille malbouffe mentale en conserve ? Ignorons-nous leurs questions enthousiastes pour ensuite attendre d’eux qu’ils écoutent une « leçon spirituelle » à un autre moment ?
« Par où commencer ? Comment faire ? Les parents doivent d’abord évaluer leurs priorités. Ils doivent se demander pourquoi ils disent : « Nous n’avons pas le temps de lire un livre ensemble tous les jours. Nous n’avons pas le temps de faire de la randonnée, du camping, de la peinture ou de discuter avec nos enfants. » Qu’est-ce qui est vraiment important ? La sacro-sainte carrière ? Les établissements scolaires ne peuvent pas se substituer aux mères, aux pères et aux foyers. Jamais une génération n’a eu autant besoin de temps, de créativité et d’amitié de la part de ses parents. La culture environnante est profondément en décalage avec la Parole de Dieu. D’autres pressions menacent de nous priver de notre santé mentale, de notre stabilité et de notre humanité.
« L’une des plus grandes forces du bien est une famille dont les membres se respectent mutuellement et ont appris à fonctionner, même modestement, avec les riches concepts que la Parole de Dieu nous offre en tant qu’êtres humains. Il est presque incroyable de penser à l’effet stabilisateur que les familles ordinaires peuvent avoir, non seulement pour elles-mêmes, mais aussi comme une lumière dans une génération troublée. »
Elle achève son chapitre en encourageant son lecteur à se réveiller et en lui disant que nous ne pouvons pas adopter les objectifs du monde et y ajouter simplement une touche chrétienne. L’éducation repose toujours sur une vision de l’être humain :
« Si le christianisme est vrai, alors chaque enfant compte, sans exception. Qu’il soit brillant ou moins doué, privilégié ou issu d’un milieu difficile, chacun a de la valeur. Chaque personne compte.
« Soyons vraiment courageux. Beaucoup de ce qui va suivre ira à l’encontre du mode de vie de la plupart des gens. Ce sera intéressant à lire, mais cela restera lettre morte si nous ne sommes pas capables de faire ce que nous savons être juste. Un jour, nous nous tiendrons devant le Créateur. Aurons-nous été prêts à donner, à servir et à nous sacrifier « pour le bien des enfants » ? »
La suite bientôt 🙂





Très intéressant, merci beaucoup pour cet article.
Ô, vivement la suite! C’est passionnant! Comme ces paroles raisonnent en moi, en notre famille… merci beaucoup de nous faire connaître Susan Schaeffer Macauley!
Passionnant ! J’ai écouté les podcasts de Susan Schaeffer pendant des dizaines d’heures quand j’ai commencé l’instruction en famille, tellement je les trouvais clairs et bien expliqués. Merci Maeva pour cette découverte !
Ah génial, je ne savais pas qu’elle avait un podcast ! Tu connais son nom ?